Comment une journaliste de Mediapart utilise une mauvaise recherche Google pour faire croire que Facebook efface du moteur de recherche les articles qui lui déplaisent

Pas de cartographie pour changer, mais un coup de gueule !

Mediapart publie en ce moment des articles sur les data centers rédigés par Jade Lindgaard. Comme j’apprécie beaucoup Mediapart et notamment ses enquêtes – mention spéciale à la série de 5 articles sur les théories du complot par Nicolas Chevassus-Au-Louis -, je me suis précipité dessus. Le premier article, très précis et didactique malgré le peu d’entrain des acteurs des data centers à répondre à la journaliste, laissait augurer du meilleur pour la suite.

Sauf que … le deuxième article s’intéresse à l’impact environnemental des data centers, qui est, ceux qui travaillent avec des ordinateurs s’en doutent, peu positif. Quel besoin alors de s’attaquer bassement à Facebook en laissant entendre que l’entreprise qui adore les détails de notre vie privée, préfère effacer – massivement – les articles gênants la concernant, ce en s’appuyant sur un exemple faux ? En tant que professionnel de la recherche d’information, je trouve le procédé assez dérangeant …

En l’occurrence, Jade Lindgaard fait une recherche Google avec les guillemets sur « mark zuckerberg coal greepeace », faisant référence à une campagne vidéo virale de Greepeace de 2010 fort réussite (577 000 vues) sur l’utilisation par Facebook de charbon, pour laquelle elle ne trouve que 1 résultat, ce qu’elle souligne « Résultat : une occurrence. Une seule. C’est peu. »

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A l’inverse, en faisant une recherche sur le projet environnemental initié par Facebook, facebook open compute project, sans les guillemets ici, la journaliste de Mediapart trouve près de 7 millions de résultats :

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Conclusion de la journaliste, je cite « D’efficaces petites mains sont venues nettoyer les traces de suie que son aura digitale générait à l’excès. On ne rigole plus avec l’empreinte carbone d’Internet. » Bref, Facebook aurait tout fait pour effacer des recherches Google les traces de la campagne de Greenpeace, qui se serait donc laissé faire par ailleurs.

Sauf que … soit la journaliste de Mediapart est de mauvaise foi, soit elle ne sait pas faire de recherche Google. Parce que dans le premier cas, elle a fait une recherche d’expression exacte en utilisant les guillemets, et dans le second cas, une recherche avec l’ensemble des mots-clés (peu importe leur placement dans l’article les uns par rapport aux autres). Ce qui fait une grosse différence ! D’autant plus que des termes généraux comme facebook, open, compute et project peuvent se retrouver dans des articles sans aucun lien avec le sujet évoqué par la journaliste.

Je précise que de nombreux internautes ont relevé l’erreur dans les commentaires de l’article, mais que la journaliste s’est entêtée à n’y voir aucun problème, d’où mon article … alors que cela change totalement le sens de l’introduction de son article, et sa conclusion « Pour garantir le respect du droit à l’énergie, mais aussi aux économies d’énergie et à l’information, la personne qui inspire le plus confiance n’est certainement pas Mark Zuckerberg. »

Pour montrer que l’utilisation ou non des guillemets change tout dans une recherche sur google (ou la plupart des moteurs de recherche), comparons deux autres recherches : Jade Lindgaard data centers et « Jade Lindgaard data centers ». Quels résultats trouve-t-on ? Pour aller plus vite, commençons par la deuxième recherche :

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Avec la recherche exacte « Jade Lindgaard data centers », Google ne trouve aucun résultat : il va donc automatiquement proposer les résultats sans les guillemets, il y en a 9390. Cela montre bien le caractère restrictif d’une recherche avec guillemets, qui ne fonctionne qu’avec une phrase correcte et bien rédigée. « mark zuckerberg coal greenpeace » ne rentre pas vraiment dans cette catégorie …

Faisons la recherche avec les guillemets  pour « facebook open compute project » : on passe de 7 millions à 15 000 résultats, alors qu’ici la phrase est plus cohérente puisqu’elle correspond au nom d’un projet de Facebook.

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Et donc, Mark Zuckerberg a-t-il fait le ménage sur Google ou pas ? Faisons enfin la recherche mark zuckerberg coal greepeace :

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On trouve 53 000 résultats, et en premier ceux correspondant à Greenpeace. Pas mal pour un projet que Facebook aurait voulu effacer, surtout que la firme américaine a les moyens d’acheter des liens commerciaux pour changer les premiers résultats affichés ! Toujours pas assez de résultats, vous pensez qu’on vous cache des choses (vous devriez vraiment lire les articles de Mediapart sur la théorie du complot) ?

La campagne de Greenpeace s’appelait « Facebook : Unfriend coal », pas « Mark Zuckerberg : Unfriend coal ». On peut donc imaginer avoir plus de résultats via la recherche facebook coal Greenpeace

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1,4 millions de résultats, c’est mieux non ? Pas mal pour une campagne lancée par une ONG qui est loin d’avoir la force de frappe de Facebook. D’ailleurs, la campagne a été un succès, puisque Facebook s’est par la suite engagé à utiliser des énergies renouvelables. Il serait donc incongru pour Facebook de tenter d’effacer le souvenir de cette campagne. Quand Nestlé a fait la promotion de sa social media war room l’an dernier, tous les articles rappelait bien que l’entreprise a décidé de développer son écoute des réseaux sociaux après une campagne – encore une fois réussite ! – de Greenpeace.

Pourquoi une telle mise au point ? Parce Mediapart est lu par beaucoup de monde, et que la qualité générale des articles proposés justifie que les lecteurs corrigent les erreurs quand elles ont un impact sur le sens d’un article. Ce que, je le rappelle, de nombreux internautes ont fait dans les commentaires de l’article sans action de la journaliste – dont les deux articles de cette série sur les data centers ont été partagés plusieurs centaines de fois sur les réseaux sociaux comme le montre le site Buzzsumo.

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En attendant, si Mediapart a besoin d’une formation rapide en recherche d’info sur Internet via les requêtes Google, je suis dispo – l’ADBS fait aussi d’excellentes formations. Sinon, quelques astuces par ici : http://www.blogdumoderateur.com/operateurs-recherche-google/ ;)

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Une réflexion sur “Comment une journaliste de Mediapart utilise une mauvaise recherche Google pour faire croire que Facebook efface du moteur de recherche les articles qui lui déplaisent

  1. J’ajoute en commentaire les remarques de la journalistes suite à cet article et aux commentaires suscités :

    L’accroche de cet article suscite des interpellations et des commentaires, j’ai déjà répondu succinctement dans le fil de commentaires, j’ajoute cette nouvelle réponse ici. Ok, je n’aurai peut être pas dû prendre l’exemple de cette recherche à partir du nom de Mark Zuckerberg sans guillemets comme cela me l’est reproché. Ce n’était pas rigoureux en effet mais j’avoue avoir trouvé drôle car absurde évidemment, de ne trouver qu’une seule occurrence. Et cela m’a semblé une astucieuse manière, provocatrice, de démarrer cet article un peu austère sur la consommation d’énergie des data centers. Il faut croire que cette astuce a fonctionné au-delà de ce que j’avais escompté. Je crains qu’elle n’ait été prise excessivement au premier degré, alors que c’était tout de même une forme de boutade, une entrée en matière vers un sujet important mais si souvent ignoré. L’ironie passe difficilement le cap de l’écrit. Je ne vais pas corriger cette accroche, puisque c’est vraiment ainsi que j’ai procédé, et cela ne serait pas très déontologique de prétendre ne pas avoir fait ce qui a été réalisé. Si certain-e-s m’en tiennent rigueur, c’est leur liberté de le faire.

    Sur le fond, je continue de trouver révélateur que l’on trouve beaucoup plus d’occurrences pour Facebook et Open compute, que pour Facebook et le charbon. Et que, oui, c’est l’effet d’une stratégie de communication de la part du réseau social, qui a tout fait pour verdir son image. Pour les grandes marques de ce type, la communication passe par le contrôle serré de leur notoriété en ligne, c’est-à-dire à quels mots et notions sont associés leurs noms quand on les cite sur un moteur de recherche. Cela se travaille de diverses manières. Je n’ai pas enquêté sur cet aspect, donc je n’ai pas d’éléments plus précis à apporter à ce sujet spécifique. D’où la formulation que j’avais choisie : « à l’évidence »…, qui indique une déduction logique et non l’énonciation d’une vérité incontestable. J’avais ensuite écrit : « D’efficaces petites mains sont venues nettoyer les traces de suie que son aura digitale générait à l’excès ». C’est une expression imprudente, donc je la retire de l’article, puisqu’elle semble lui porter préjudice. Et non, je n’ai pas écrit que Facebook avait effacé l’animation de Greenpeace, puisqu’on la trouve en ligne très facilement.

    Je remarque, pour finir, que les commentaires sur cette introduction ont un effet de diversion sur son sujet central : l’énorme consommation énergétique des data centers. Je le regrette.

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